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Sylvain Boudou, Basilique Saint François de Sales, Thonon

Sylvain Boudou cultive son registre, hors des modes

Logo - Le Dauphiné Haute-SavoieArticle paru dans le Dauphiné le 26 décembre 2015 – Pascal Arvin-Berod – Tous droits réservés

ORGANISTE, PROFESSEUR DE MUSIQUE ET FERU DE PATRIMOINE

C’est un lieu hors du temps, imprégné d’une féerie baroque. Instruments de musique, phonographes et gramophones trônent par dizaines dans cette salle de cours de musique aux airs de petit musée. La collection du professeur de piano qui, on l’imagine, inspire ses élèves, relate les balbutiements de l’enregistrement sonore. « Cela peut paraître stupide aujourd’hui d’écouter de la musique chez soi. Enregistrer la voix humaine a longtemps été un fantasme de l’humanité, jusqu’à ce qu’en 1877, Thomas Edison et Charles Cros aient, des deux côtés de l’Atlantique, la même idée », s’émerveille Sylvain Boudou.

« Un peu extraterrestre »

Sa première pièce, un grand phonographe à pavillon de bistrot, il l’a achetée à dix-sept ans à un restaurateur lyonnais. Tandis que ses copains dépensent leurs économies pour réparer leur mobylette, lui court les brocantes à la recherche de vieux disques. En quête d’une pièce manquante qu’il finit par dénicher dans une boutique parisienne, il apprend peu à peu à restaurer les appareils, alliant sa passion pour la musique au plaisir d’arpenter les brocantes. Une page de « Tout l’univers », la fameuse encyclopédie à la couverture rouge, révèle l’existence du phonographe à cet écolier « doué mais pas intéressé », qui se cultive par lui-même. « Je connaissais le fonctionnement d’une machine à vapeur, j’étais capable de dessiner dans les moindres détails une moissonneuse-batteuse mais je ne comprenais pas, et me moquais du théorème de Pythagore. J’avais l’impression d’être différent des autres, un peu extraterrestre, captivé par ce qui n’était pas à la mode, et j’en étais fier. »

Tenace et pédagogue

L’orgue, dont il joue de temps en temps à l’église de Sciez, le fascine. Ses parents rencontrent Xavier Silbermann, facteur d’orgue à Thonon. Sylvain effectue trois années d’apprentissage à ses côtés, mettant à l’épreuve sa ténacité au contact de ce formateur exigeant, alors que d’autres apprentis ont abandonné. « Ces trois années ont été très dures mais je veux aujourd’hui vraiment remercier Xavier Silbermann. » Après l’obtention de son CAP, il hésite à poursuivre l’expérience à l’étranger comme le lui conseille Xavier Silbermann qui, de toute façon, ne le gardera pas avec lui. Sylvain étudie le piano au Conservatoire de Genève et se découvre des talents de pédagogue. « Je ne m’attendais pas à me prendre de passion pour l’enseignement. » Plus tard, il étudiera l’orgue puis, assez récemment, s’est mis au clavecin, instrument qu’il enseigne fort de quatre années passées au conservatoire de Lausanne.

Le voeu d’un musée

Sylvain Boudou partage son temps entre les cours qu’il dispense, aux enfants comme aux adultes, sa charge d’organiste titulaire de la basilique de Thonon et des concerts qu’il donne à Genève, au Couvent des Dominicains. Ses élèves apprécient sa patience et son sens de la psychologie. « Je me vois plus comme un coach musical que comme un professeur. Ils m’apportent beaucoup. »
L’an dernier, Sylvain a donné l’un de ses récitals les plus marquants, dans l’église de la Madeleine à Paris, devant plus de huit cents personnes. Sa prestation à la Cathédrale d’Annecy, quelques années auparavant, demeure également un moment à part.

Une collection unique

Davantage que ces concerts, il formule le voeu d’un musée autour de sa collection : quelque 3000 disques, une cinquantaine de phonographes ou encore un piano mécanique. « Au fil des ans, cette collection a pris une certaine unité. Ce musée serait avant tout orienté sur l’histoire de l’enregistrement. »
Personnage attachant du paysage musical chablaisien, Sylvain Boudou a conservé de sa jeunesse un même tempérament à contre-courant et cultive au quotidien ses passions, loin du formatage qu’il déteste tant.